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xG et Progression Verticale : l’EURO 2000 des Bleus en chiffres

 

Il y a exactement 20 ans, l’équipe de France remportait l’Euro 2000, devenant ainsi la deuxième équipe à enchainer succès en Coupe du monde et Championnat d’Europe, après l’Allemagne de l’Ouest dans les années 1970. Pour marquer l’événement, plongeons dans les archives de Stats Perform.

 

By: David Wall

Il y a exactement 20 ans, la France remportait l’Euro 2000, devenant ainsi la deuxième équipe seulement à enchainer victoire à la Coupe du monde puis à l‘Euro (pas nécessairement dans cet ordre, NDLR), après l’Allemagne de l’Ouest au début des années 1970.

L’équipe de France de l’Euro 2000 est souvent considérée comme la meilleure de l’histoire du pays, mais c’est oublier que son parcours vers finale n’a rien eu de facile ou de dominateur.

Hormis la victoire 3-0 contre une équipe danoise qui a perdu ses trois matches de groupe, les cinq matches suivants se sont tous soldés par un seul but d’écart, la demi-finale et la finale allant même jusqu’aux prolongations.

Défense et Attaque

Si l’on compare les quatre sacres de la France dans des tournois majeurs, il y a des contrastes évidents.

Le succès de la France à la Coupe du monde 1998 s’est principalement construit sur une solide ligne défensive, tant en défense … qu’en attaque (but en or de Laurent Blanc contre le Paraguay, doublé de Lilian Thuram en demi-finale contre la Croatie).

Les hommes d’Aimé Jacquet ont concédé seulement 0,35 Expected Goal par 90 minutes, hors penalties. Cela signifie qu’en fonction des occasions subies pendant le tournoi, la France devait concéder seulement un but tous les trois matches. On ne fait pas plus radin en termes de générosité défensive. Au passage, les Bleus n’ont jamais perdu un match lorsque le quatuor composé de Lilian Thuram, Marcel Desailly, Laurent Blanc et Bixente Lizarazu a été titularisé – cela s’est produit à 28 reprises (22 victoires, 6 nuls).

L’histoire n’est pas tout à fait la même 2 ans plus tard. Avec le même quatuor défensif et Didier Deschamps comme bouclier, les Bleus sont devenus les vainqueurs d’Euro les plus friables défensivement, avec 7 buts encaissés. Ils affichent 0.91 xGA (Expected Goals Against) par 90 minutes et concèdent 12 grosses occasions en 6 matches. On caractérise comme ‘grosse occasion’ les situations lors desquelles on s’attend raisonnablement à ce qu’un joueur marque, par exemple lors d’un un-contre-un avec le gardien. À titre de comparaison, lors du sacre mondial de 2018 sous la houlette de Deschamps himself, les chiffres descendent à 0.58 xGA par 90 minutes et seulement 4 grosses occasions concédées en 7 matches.

La France a également concédé autant de penalties lors de l’Euro 2000 que lors de ses 3 autres succès en compétitions majeures, signe supplémentaire d’une défense moins souveraine que 2 ans auparavant.

Un peu plus haut sur le terrain, la France était à la recherche d’un nouveau leader dans l’entrejeu à l’aube de la retraite internationale de Deschamps, un phénomène du nom de Patrick Vieira. En bon milieu box-to-box, il est le joueur qui a réussi le plus d’interceptions au cours de cet Euro (21), et aussi le seul Français à délivrer plus d’une passe décisive, dont celle pour le but victorieux de Djorkaeff en quart de finale contre l’Espagne.

Les Bleus avaient évolué et la relative baisse de niveau en défense a été plus que compensée par des ressources offensives généreuses.

En effet, avec une moyenne d’1.75xG par 90 minutes, il s’agit de la meilleure performance offensive au cours d’un grand tournoi remporté par les Bleus, sous la conduite du duo Zinédine Zidane- Thierry Henry, épaulé par des jeunes joueurs (David Trézéguet, Nicolas Anelka) et d’autres plus expérimentés (Youri Djorkaeff, Christophe Dugarry).

Duo dynamique

Zidane a remporté la récompense de meilleur joueur du tournoi à 2 reprises : lors de l’Euro 2000 et de la Coupe du monde 2006. Approchant la trentaine, il a, lors de l’Euro 2000, pris une dimension supplémentaire.

Sa capacité à éliminer l’adversaire par sa technique plus que par sa vitesse et à voir les ouvertures avant tout le monde pour lancer Henry ou Anelka dans la profondeur était l’une des clefs du jeu des Bleus. Sans surprise, il est le joueur qui a réussi le plus de passes et de dribbles dans les 30 mètres adverses au cours de la compétition.

Autre aspect de son jeu qui permet de mesurer son influence grandissante sur le jeu des Bleus, les progressions verticales, à savoir la distance gagnée balle au pied, permettant à son équipe d’avancer. En 5 matches lors de l’Euro 2000, il frôle le kilomètre gagné (956 mètres), soit 200 mètres de plus que tout autre joueur (Luis Figo). C’est également deux fois plus que lors de la Coupe du monde 1998, pour un temps de jeu similaire.

Cerise sur le gâteau, il marque 2 buts déterminants en phase éliminatoire : un coup-franc direct contre l’Espagne en quart de finale et un penalty en prolongation contre le Portugal, synonyme de but en or et de qualification pour la finale.

Il est plus muselé lors de la finale, par des joueurs qui le connaissent bien puisqu’évoluant pour la plupart dans le même championnat, voire dans la même équipe (Juventus). Le meneur de jeu français ne gagne « que » 5.8 mètres par progression verticale lors de ce match, contre 7.9 sur le reste du tournoi. Frustration symbolisée par ses 4 fautes commises, plus que tout autre joueur français dans le match, dont un pied haut dans les 20 premières minutes qui aurait pu lui coûter cher. Mais, de manière assez surprenante, il termine le tournoi sans recevoir le moindre carton.

De son côté, Thierry Henry arrive à l’Euro fort de sa saison la plus prolifique en club à ce jour. Repositionné dans l’axe à Arsenal, il fait étalage de sa confiance tout au long du tournoi où il marque 3 buts (meilleur buteur français, comme en 1998), mais c’est sa vitesse et son intelligence de jeu qui sont les plus dévastateurs. Démarrant souvent ses actions sur ce flanc gauche qu’il affectionne tout particulièrement, 12 de ses progressions balles au pied aboutissent à un tir ou à une dernière passe pour un coéquipier – c’est plus que tout autre joueur au cours du tournoi. Commettre une faute est souvent le seul moyen pour ses adversaires de l’arrêter, Henry étant le joueur qui remporte le plus de coups francs dans les 30 derniers mètres au cours de l’Euro 2000 (11).

D’après notre modèle de Possession Value (PV+) qui mesure la probabilité qu’une équipe marque sur ses phases de possession en mesurant les actions positives et négatives de chaque joueur, Henry et Zidane sont les 2 joueurs qui ont le plus boosté la France. Sans surprise, une relation technique s’est créée entre les deux, Henry étant d’ailleurs le destinataire préféré des passes de Zidane (42), dont une passe décisive contre le Danemark où Henry part de la ligne médiane pour tromper Peter Schmeichel. Bizarrement, cette symbiose n’a que très rarement produit un but : en 57 sélections communes avec Henry, Zidane ne lui a délivré que 2 passes décisives, contre le Danemark donc et face au Brésil à la Coupe du monde 2006.

Comme Zidane, Henry ne fait pas une grande finale, mais la star en devenir est lancée. Avec 51 buts et 27 passes décisives à son actif, il deviendra le joueur le plus prolifique de l’histoire de l’équipe de France.

Supersubs

Si Zidane et Henry attirent logiquement la lumière, ce sont les remplaçants qui font la différence en finale.

Sylvain Wiltord, bientôt coéquipier d’Henry à Arsenal, ne joue que 3 heures lors de l’Euro 2000, mais c’est suffisant pour marquer 2 buts et délivrer une passe décisive, soit une implication toutes les 60 minutes, meilleur français dans ce domaine. On pourrait même ajouter à son total la main d’Abel Xavier en demi-finale, à l’origine du penalty de la qualification, une main occasionnée par un tir de Wiltord.

Dans la même veine, Trézéguet n’a pas démarré le moindre match en phase à élimination directe, mais sa partition en finale reste aujourd’hui dans toutes les mémoires.

Après 93 minutes, c’est lui qui dévie le long ballon de Barthez. Fabio Cannavaro ne peut l’intercepter proprement et Wiltord contrôle de la poitrine avant de tirer du gauche et d’envoyer les 2 équipes en prolongation. Bon timing oblige, Wiltord disputera 13 matches supplémentaires en tournoi majeur après ce but, mais ne trouvera plus jamais les filets.

Les Italiens encore sous le choc, Robert Pirès, 3e remplaçant du jour, propose le meilleur combo récupération, dribble et centre en retrait de sa carrière pour servir celui qui allait devenir l’avant-centre de la Juventus. Le reste appartient à l’histoire.


Stats Perform a analysé chaque Championnat d’Europe de football depuis 1980 et chaque finale depuis le tournoi inaugural de 1960. Pour en savoir plus sur notre base de données, contactez-nous.